Impressions : Journée d'étude "Abonnements et abonnements électroniques : état des lieux et bonnes pratiques"
Par Gilbert le mercredi 22 novembre 2006, à 12:00 - General - Lien permanent
De retour de Paris, et après avoir assisté jeudi dernier, le 16 novembre
2006, à un séminaire organisé par l'ADBS, l'ADBU, le GFII, la FNPS et le SNIEL,
ainsi que le RNDH et le GIP Ascodocpsy consacré aux "Abonnements et abonnements
électroniques : état des lieux et bonnes pratiques", voici pêle-mêle
quelques-unes de mes impressions.
Tout d'abord un constat, parmi les participants il y avait très peu de
bibliothécaires et de documentalistes médicaux et quasiment pas de
documentalistes en milieu hospitalier. La journée a débuté par une présentation
des principes du vade-mecum, à cette occasion il a été rappelé qu'il ne valait mieux
pas être dans une politique de prix ferme, hélas cela semble peu réaliste pour
les établissements publics, car dans la plupart des cas une vérification est
faite entre le devis initial des prix du marché public et la facture finale. Il
a aussi été préconisé de ne pas mettre des clauses irréalistes lors de la
rédaction des appels d'offres. Bref, on n'a rien appris de réellement nouveau
quant au marché des abonnements, un marché dont les contours, les attentes et
les perspectives restent encore difficiles à cerner pour tous les acteurs, sans
doute en raison d'un marché, comme cela a été souligné "peu mature". Cela est
d'autant plus vrai pour les abonnements électroniques, à ce propos une enquête
a été présentée, une grande partie des résultats de cette enquête est
accessible ici.
Un constat, le marché des abonnements électroniques est flottant, et une
impression, les diverses conférences sur ce thème ont sombré dans les
généralités. Souvent les éditeurs ont été mis en cause par les questions des
participants, en revanche, il n'y a pas eu de remise en cause des agences
d'abonnements qui ne sont pas toujours très efficaces dans le domaine de la
gestion des abonnements électroniques, et il vaut mieux parfois traiter
directement avec les éditeurs ou agrégateurs... En outre, depuis quelques
années les agences d'abonnements tentent de mettre en place des outils de
gestion en ligne, en particulier pour gérer les revues électroniques, et cela
peut occasionner des coûts supplémentaires pour l'établissement, certes elles
ne sont pas les seules à intervenir sur ce secteur. Ce point n'a
malheureusement pas été traité, mais il est à mon avis important. Ainsi, on
peut penser qu'il s'agit de la part des agences d'abonnements d'une
anticipation par rapport à leur offre de services afin de préserver leur
chiffre d'affaire et leurs marges, car elles seront tôt ou tard confrontées aux
modèles de l'accès libre ou de l'open access (dans lequel l'auteur ou
l'organisme est le payeur) et qui deviennent de plus en plus incontournables
dans le "marché" des abonnements électroniques, voire au phénomène du
peer-to-peer ou, du pay-per-view, dans le meilleur des cas. Pour en revenir à
la question des outils, leur portée, voire efficacité, reste cependant limitée
(bien que pouvant faire gagner du temps) mais les conséquences peuvent être
importantes, dans la mesure où, par exemple, si l'on délègue à ces outils la
gestion d'un fonds documentaire de revues, à terme cela peut aboutir à une
méconnaissance complète du fonds de la part du bibliothécaire ou du
documentaliste. Ce problème peut devenir important avec la gestion de bouquets
(à géométrie variable) proposés dans le cadre du consortium Couperin par ex.,
ou de ceux des agrégateurs. En outre, le prix excessif de certains de ces
produits peut avoir des conséquences non négligeables sur la politique d'achat
de contenus et de ressources documentaires. Le débat n'est pas nouveau, faut-il
privilégier l'acquisition d'outils que peu de personnes savent, à l'intérieur
d'un établissement, optimiser et adapter à ses propres besoins au détriment de
l'achat de contenus ? Le contenu, en tous cas, "le plus intéressant", ne
deviendra probablement jamais "gratuit" en particulier dans le domaine
biomédical.
La question de plus en plus sensible de l'archivage des revues électroniques a
été abordée, là encore les pistes sont multiples et certaines ont été évoquées
au regard de ce qui se passe dans les bibliothèques européennes. La question
des consortiums a été posée et une piste intéressante semble être l'idée de
fonder des consortiums disciplinaires, en particulier pour l'achat de
documentation médicale, mais qui ne se limiterait pas exclusivement à la
fonction d'achat. J'aurai certainement l'occasion de revenir sur cette question
prochainement. On peut aussi penser, c'est mon avis, à des consortiums
régionaux, voire transfrontaliers. Pour la documentation médicale en
particulier, ce qui se passe, en Espagne, en Italie, et en Suisse par ex. nous
pousserait plutôt à nous rapprocher de nos voisins si n'existaient pas quelques
"différences culturelles". Une dernière intervention concernait "les
statistiques d'usage en bibliothèque universitaire", qu'il serait ici trop long
de détailler. Les statistiques de consultation des revues électroniques vont
avoir de plus en plus une importance stratégique. Deux options ont été
évoquées, lesquelles devraient être complémentaires, les statistiques des
éditeurs et les statistiques locales obtenues par l'établissement au travers de
l'analyse des fichiers logs, le standard devant dans les deux cas, pour
l'exactitude de l'interprétation, être le même, à savoir COUNTER. Pour la
deuxième option, une expérimentation à grande échelle aurait débuté à Lyon I en
novembre 2006. Dans tous les cas, la récupération et le traitement des
statistiques, sans parler de leur exploitation, représentent, malgré
l'apparition sur le marché d'outils spécifiques qu'il faudrait d'ailleurs
évaluer (des solutions en open source seraient souhaitables dans ce domaine
aussi, à l'image des SIGB ou des outils de gestion bibliographique en ligne),
un très gros travail et il n'est pas étonnant que peu d'établissements se
soient jusqu'à présent, du moins en France, engagés dans cette voie.
Au final, mon impression sur cette journée est assez mitigée et plutôt décevante, rien de véritablement intéressant, mais ce constat, si l'on effectue un petit travail d'analyse, ne manque pas, lui, d'intérêt.