De retour de Paris, et après avoir assisté jeudi dernier, le 16 novembre 2006, à un séminaire organisé par l'ADBS, l'ADBU, le GFII, la FNPS et le SNIEL, ainsi que le RNDH et le GIP Ascodocpsy consacré aux "Abonnements et abonnements électroniques : état des lieux et bonnes pratiques", voici pêle-mêle quelques-unes de mes impressions.

Tout d'abord un constat, parmi les participants il y avait très peu de bibliothécaires et de documentalistes médicaux et quasiment pas de documentalistes en milieu hospitalier. La journée a débuté par une présentation des principes du vade-mecum, à cette occasion il a été rappelé qu'il ne valait mieux pas être dans une politique de prix ferme, hélas cela semble peu réaliste pour les établissements publics, car dans la plupart des cas une vérification est faite entre le devis initial des prix du marché public et la facture finale. Il a aussi été préconisé de ne pas mettre des clauses irréalistes lors de la rédaction des appels d'offres. Bref, on n'a rien appris de réellement nouveau quant au marché des abonnements, un marché dont les contours, les attentes et les perspectives restent encore difficiles à cerner pour tous les acteurs, sans doute en raison d'un marché, comme cela a été souligné "peu mature". Cela est d'autant plus vrai pour les abonnements électroniques, à ce propos une enquête a été présentée, une grande partie des résultats de cette enquête est accessible ici.

Un constat, le marché des abonnements électroniques est flottant, et une impression, les diverses conférences sur ce thème ont sombré dans les généralités. Souvent les éditeurs ont été mis en cause par les questions des participants, en revanche, il n'y a pas eu de remise en cause des agences d'abonnements qui ne sont pas toujours très efficaces dans le domaine de la gestion des abonnements électroniques, et il vaut mieux parfois traiter directement avec les éditeurs ou agrégateurs... En outre, depuis quelques années les agences d'abonnements tentent de mettre en place des outils de gestion en ligne, en particulier pour gérer les revues électroniques, et cela peut occasionner des coûts supplémentaires pour l'établissement, certes elles ne sont pas les seules à intervenir sur ce secteur. Ce point n'a malheureusement pas été traité, mais il est à mon avis important. Ainsi, on peut penser qu'il s'agit de la part des agences d'abonnements d'une anticipation par rapport à leur offre de services afin de préserver leur chiffre d'affaire et leurs marges, car elles seront tôt ou tard confrontées aux modèles de l'accès libre ou de l'open access (dans lequel l'auteur ou l'organisme est le payeur) et qui deviennent de plus en plus incontournables dans le "marché" des abonnements électroniques, voire au phénomène du peer-to-peer ou, du pay-per-view, dans le meilleur des cas. Pour en revenir à la question des outils, leur portée, voire efficacité, reste cependant limitée (bien que pouvant faire gagner du temps) mais les conséquences peuvent être importantes, dans la mesure où, par exemple, si l'on délègue à ces outils la gestion d'un fonds documentaire de revues, à terme cela peut aboutir à une méconnaissance complète du fonds de la part du bibliothécaire ou du documentaliste. Ce problème peut devenir important avec la gestion de bouquets (à géométrie variable) proposés dans le cadre du consortium Couperin par ex., ou de ceux des agrégateurs. En outre, le prix excessif de certains de ces produits peut avoir des conséquences non négligeables sur la politique d'achat de contenus et de ressources documentaires. Le débat n'est pas nouveau, faut-il privilégier l'acquisition d'outils que peu de personnes savent, à l'intérieur d'un établissement, optimiser et adapter à ses propres besoins au détriment de l'achat de contenus ? Le contenu, en tous cas, "le plus intéressant", ne deviendra probablement jamais "gratuit" en particulier dans le domaine biomédical.
La question de plus en plus sensible de l'archivage des revues électroniques a été abordée, là encore les pistes sont multiples et certaines ont été évoquées au regard de ce qui se passe dans les bibliothèques européennes. La question des consortiums a été posée et une piste intéressante semble être l'idée de fonder des consortiums disciplinaires, en particulier pour l'achat de documentation médicale, mais qui ne se limiterait pas exclusivement à la fonction d'achat. J'aurai certainement l'occasion de revenir sur cette question prochainement. On peut aussi penser, c'est mon avis, à des consortiums régionaux, voire transfrontaliers. Pour la documentation médicale en particulier, ce qui se passe, en Espagne, en Italie, et en Suisse par ex. nous pousserait plutôt à nous rapprocher de nos voisins si n'existaient pas quelques "différences culturelles". Une dernière intervention concernait "les statistiques d'usage en bibliothèque universitaire", qu'il serait ici trop long de détailler. Les statistiques de consultation des revues électroniques vont avoir de plus en plus une importance stratégique. Deux options ont été évoquées, lesquelles devraient être complémentaires, les statistiques des éditeurs et les statistiques locales obtenues par l'établissement au travers de l'analyse des fichiers logs, le standard devant dans les deux cas, pour l'exactitude de l'interprétation, être le même, à savoir COUNTER. Pour la deuxième option, une expérimentation à grande échelle aurait débuté à Lyon I en novembre 2006. Dans tous les cas, la récupération et le traitement des statistiques, sans parler de leur exploitation, représentent, malgré l'apparition sur le marché d'outils spécifiques qu'il faudrait d'ailleurs évaluer (des solutions en open source seraient souhaitables dans ce domaine aussi, à l'image des SIGB ou des outils de gestion bibliographique en ligne), un très gros travail et il n'est pas étonnant que peu d'établissements se soient jusqu'à présent, du moins en France, engagés dans cette voie.

Au final, mon impression sur cette journée est assez mitigée et plutôt décevante, rien de véritablement intéressant, mais ce constat, si l'on effectue un petit travail d'analyse, ne manque pas, lui, d'intérêt.