Pour répondre à un commentaire d'une personne qui s'intéressait au comportement amoureux des babouins, voici quelques données. L'amour chez les babouins ? Voici une question délicate. Pour sauvegarder ma vie privée, je vais répondre à l'aide d'un certain nombre de documents parus ces derniers temps.

Un ouvrage essentiel apporte un éclairage intéressant sur cette question. Il n'a cessé d'être réédité depuis la première édition en 1985. On peut regretter qu'une fois encore aucun éditeur français n'ait jugé utile de le traduire...
"Sex and Friendship in Baboons"
par Barbara Smuts (department de psychologie à l'Université de Michigan de Ann Arbor)
Aldine Transaction Nouvelle Edition (2007)
ISBN-10: 0202309738
Livre en anglais disponible sur Amazon.
Il y décrypte le comportement amoureux et jaloux du babouin mâle Sherlock avec sa belle babouine Cybelle qui n'a rien à envier en nuances avec celui des couples d'humains comme Nicolas et Ségolène (les similitudes liées aux effets de la dopamine entre les principales espèces animales et les humains sont abordées dans un autre livre : "Why We Love: The Nature and Chemistry of Romantic Love" de Helen Fisher) et aboutit à des conclusions audacieuses sur la stratégie de reproduction des babouins.
Voici succinctement sa thèse, révolutionnaire en 1985, appuyée sur des observations de terrain pendant 15 ans : les femelles babouines préfèrent accorder leurs préférences  aux mâles avec lesquels elles ont eu, elles et leurs petits, précédemment des relations de type amicales. Autrement dit, la capacité d'implication des babouins mâles dans l'épouillage de la femelle ou les soins apportés aux petits est jugée déterminante par les femelles babouines pour accorder leurs faveurs. C'est une mauvaise nouvelle pour les babouins qui préfèrent aller boire entre eux dans les bars de la Savane !

"Female Baboons Speak Out About Sex"
Dario Maestripieri de l'Université de Chicago (site de Dario Maestripieri) a fait une intervention remarquée à la conférence l'Animal Behavior Society du 20 juillet 2003. Cette intervention  a fait l'objet d'une description dans ScienceNow par Betsy Mason en 2003 (abonnement nécessaire).
Alors que la plupart des animaux font du bruit avant la rencontre pour attirer des partenaires, rares sont ceux qui en font aussi après. C'est le cas chez les babouines. Encore un point qui nous rapproche nous, les babouins, de vous les humains ! S'il avait déjà été observé que les femelles babouines étaient bruyantes après la copulation, d'après cette étude portant sur les femelles babouines originaires du Guinée du zoo Brookfield à Chicago l'explication ne serait pas celle envisagée précédemment. Elles n'encouragent pas les autres mâles, y compris dominants, à venir à leur rencontre. Bien au contraire ! C'est parce qu'elles ont été satisfaites de leur copulation avec le babouin choisi, un mâle dominant, qu'elles crient pour dissuader d'autres mâles de copuler avec elles. L'objectif est de favoriser la fécondation avec le sperme du mâle qu'elles ont choisi !
Eh oui, comme chez vous, ce sont les femelles qui décident toujours.

Comme dans le message dans ce blogue, The Bozoo of a Baboon, des études récentes réhaussent le rôle de la femelle dans les groupes de babouins.
Voici un autre ouvrage qui va dans ce sens.
"Almost Human: A Journey into the World of Baboons"
Shirley Strum, une anthropologiste, a observé durant 15 ans des olive baboons ou babouin anubis en français (Papio anubis), au Kenya.
D'après ses observations, la communauté des babouins n'est pas caractérisée par une agressivité permanente et la domination des mâles. Au contraire, la collaboration et la réciprocité seraient de mise avec une importance des femelles comme élément stabilisateur. Cette thèse reste néanmoins controversée.
"Almost Human: A Journey into the World of Baboons" de Shirley C. Strum
University Of Chicago Press; Nouvelle Edition (2001)
ISBN-10: 0226777561
Livre en anglais disponible sur Amazon.

Si les babouins, et surtout les babouines, ont développé des stratégies complexes dans le domaine du comportement amoureux, c'est parce que l'interaction avec l'environnement est développée.
Ainsi, dans un article de 2006 dans ScienceNow (abonnement nécessaire) au titre inspiré par une fameuse réplique du cinéma "You Talkin' to Me?" Katherine Unger fait part d'une étude menée par la comportementaliste Susan Alberts de l'Université Duke à Durham, North Carolina. L'étude, portant sur 70 babouins au Botswana, démontre que les individus babouins font partie des rares primates capables de déterminer s'ils sont la cible ou non de la colère de l'un des leurs.
Ainsi lorsqu'une femelle dominante émet des grognements menaçants, les femelles de rang inférieur qui se sont querellées avec elle précédemment vont se retourner puis fuir alors que d'autres femelles de même rang ne le feront pas.
Cette identification de la cible d'une menace est considérée comme une habilité de type "humaine" et ne se manifeste que dans de rares espèces animales. Nous sommes fiers d'en faire partie.