La profession de documentaliste en danger ?
Par Gilbert le mardi 12 février 2008, à 17:36 - General - Lien permanent
La question ressurgit périodiquement, un entretien récent avec le consultant en management de l'information Jean Michel figure dans le numéro 211 du mois de février 2008 d'Archimag. Celui-ci a lancé un appel sur l'avenir des documentalistes. En préambule et par rapport au début de l'entretien, je ne suis pas certain que le centre de documentation, même s'il n'est pas entièrement pensé comme une bibliothèque soit menacé. En effet, on apprend dans le même numéro que "plus de la moitié des américains qui se rendent dans les bibliothèques y vont pour... Internet" (selon une étude de l'institut de Pew internet & American Life). Il serait intéressant d'avoir la même étude sur la fréquentation des centres de documentation dans les organisations. La fonction de "guichetier fournisseur de documentation" dénoncée par JM existe peut-être encore plus aujourd'hui qu'hier comme en témoignent les demandes de fourniture d'articles qui envahissent quotidiennement les listes de diffusion spécialisées. Autre question qui peut se poser en filigrane, les documentalistes risquent-ils davantage de voir disparaître leur profession que les bibliothécaires ? Dans l'inconscient collectif pour employer les grands (gros) mots, l'image du ou de la bibliothécaire n'est-elle pas plus "poussiéreuse" que celle du ou de la documentaliste ? D'autant, note JM que "la profession est encore jeune si on la compare aux bibliothécaires..." Si la fonction de documentaliste est de "décloisonner et de jouer un rôle transversal dans l'organisation", il faudra néanmoins être vigilant pour ne pas créer du non lieu, en particulier dans des organisations parfois avides de vide. Le métier de documentaliste change et se doit de changer, c'est certain, l'important c'est de savoir comment il doit évoluer. Sur la thématique du partage de l'information (qui est l'avenir de la profession selon JM), dès que l'on considère, à l'intérieur d'une organisation, l'information comme un pouvoir, ce qui est encore trop souvent le cas dans les structures publiques, alors il devient très difficile de la partager sans s'exposer.
Les compétences des documentalistes doivent être non seulement élargies mais aussi spécialisées. Je suis entièrement d'accord sur le fait que les chefs d'entreprise et a fortiori les directeurs des établissements publics n'ont "pas de vision sur ce que doit être le management de l'information" et qu'ils ont tendance à s'appuyer sur des intranet et autres gros logiciels qui finissent par être des "poubelles informationnelles". Ceci n'est guère étonnant, l'histoire n'est-elle pas pour certains un éternel recommencement ? Les centres de documentation du secteur public n'étaient-ils pas bien souvent, et ne le sont-ils pas encore un peu aujourd'hui, des "services poubelles" ? L'apport des nouvelles technologies n'auraient donc pas profondément changé leur nature, en tous cas pas encore...
L'entretien se termine sur le Web 2.0 et les réseaux sociaux, et le constat que rien ne vaut les liens entre les personnes à la condition toutefois qu'ils s'inscrivent dans une "logique". Sur ce dernier point, je vous invite à prolonger le débat sur le fil RSS proposé par JM sur son site Web : jeanmichel.conseil.free.fr
Dans l'ensemble, je partage assez les idées de monsieur Michel, mais j'ai préféré mettre l'accent sur les points que je considère comme "sensibles" de cet entretien.
Commentaires
En regardant des formations comme celles-ci http://www.univ-montp3.fr/beziers/f... on peut imaginer que les futurs profesionnels sauront proposer des guichets (numériques et/ou physiques) libres de toute poussière, non ?
Bonjour,
Je n'ai pas pu lire l'entretien de J. Michel, mais le résumé que vous en faites me laisse penser qu'il s'agit d'un nième épisode d'un débat très hexagonal.
À Montréal, nous avons eu l'année dernière 778 offres d'emploi affichées dans les couloirs de l'EBSI. Ce n'est pas particulier au Québec, il y a un boom très fort dans toute l'Amérique du nord sur les professions du document. Une grande différence avec la France qui explique pour une part la situation, c'est qu'on insiste sur la convergence des professions et non sur des identités séparées qui me paraissent aujourd'hui être en France plus la conséquence de l'histoire des corps professionnels que de celle de compétences particulières.
Vos échanges, à propos de mon interview dans Archimag de février dernier, sont intéressants et témoignent de la dynamique professionnelle qui est en train de se développer un peu partout. Je suis personnellement très optimiste pour la profession dès lors que celle-ci s'attaque aux questions essentielles de management, de partage et de dynamisation des ressources info-documentaires dans les organisations. Pour prolonger votre réflexion, vous pouvez consulter le fil RSS que j'ai créé sur le management stratégique de l'information (feed://jeanmichel.conseil.free.fr/Strategie-IDC-JM.xml)
Avec un peu beaucoup de retard, voici le lien vers l'entretien :
http://www.archimag.com/newsletter/index.php?id=2451#7528
Gilbert
Non, non les documentalistes ne sont pas morts : en tant que veilleurs, formateurs, acheteurs (d'information et de documentation), webmestres d'intranet et de sites web et enfin knowledge managers, ils sont tout à fait dans le vent : des "information highway guides".
A une seule condition : sortir de la "forteresse" (largement héritée du bibliothécaire), communiquer, coller aux besoins réels des utilisateurs. Bref, se vendre, ne pas attendre qu'on vienne vous chercher.
Une sythèse réalisée avec des collègues :
Le documentaliste juridique entre bibliothécaire et "knowledge worker" : une évolution
http://www.precisement.org/blog/art...
Quelques exemples tirés de mon métier de documentaliste juridique :
- L’acheteur de documentation face à la hausse des prix
http://www.precisement.org/blog/bre...
- L’avenir du métier de documentaliste juridique
http://www.precisement.org/blog/bre...
Voir aussi ce rapport de stage France/Etats-Unis :
http://www.scribd.com/doc/305903/La...