La question ressurgit périodiquement, un entretien récent avec le consultant en management de l'information Jean Michel figure dans le numéro 211 du mois de février 2008 d'Archimag. Celui-ci a lancé un appel sur l'avenir des documentalistes. En préambule et par rapport au début de l'entretien, je ne suis pas certain que le centre de documentation, même s'il n'est pas entièrement pensé comme une bibliothèque soit menacé. En effet, on apprend dans le même numéro que "plus de la moitié des américains qui se rendent dans les bibliothèques y vont pour... Internet" (selon une étude de l'institut de Pew internet & American Life). Il serait intéressant d'avoir la même étude sur la fréquentation des centres de documentation dans les organisations. La fonction de "guichetier fournisseur de documentation" dénoncée par JM existe peut-être encore plus aujourd'hui qu'hier comme en témoignent les demandes de fourniture d'articles qui envahissent quotidiennement les listes de diffusion spécialisées. Autre question qui peut se poser en filigrane, les documentalistes risquent-ils davantage de voir disparaître leur profession que les bibliothécaires ? Dans l'inconscient collectif pour employer les grands (gros) mots, l'image du ou de la bibliothécaire n'est-elle pas plus "poussiéreuse" que celle du ou de la documentaliste ? D'autant, note JM que "la profession est encore jeune si on la compare aux bibliothécaires..." Si la fonction de documentaliste est de "décloisonner et de jouer un rôle transversal dans l'organisation", il faudra néanmoins être vigilant pour ne pas créer du non lieu, en particulier dans des organisations parfois avides de vide. Le métier de documentaliste change et se doit de changer, c'est certain, l'important c'est de savoir comment il doit évoluer. Sur la thématique du partage de l'information (qui est l'avenir de la profession selon JM), dès que l'on considère, à l'intérieur d'une organisation, l'information comme un pouvoir, ce qui est encore trop souvent le cas dans les structures publiques, alors il devient très difficile de la partager sans s'exposer.

Les compétences des documentalistes doivent être non seulement élargies mais aussi spécialisées. Je suis entièrement d'accord sur le fait que les chefs d'entreprise et a fortiori les directeurs des établissements publics n'ont "pas de vision sur ce que doit être le management de l'information" et qu'ils ont tendance à s'appuyer sur des intranet et autres gros logiciels qui finissent par être des "poubelles informationnelles". Ceci n'est guère étonnant, l'histoire n'est-elle pas pour certains un éternel recommencement ? Les centres de documentation du secteur public n'étaient-ils pas bien souvent, et ne le sont-ils pas encore un peu aujourd'hui, des "services poubelles" ? L'apport des nouvelles technologies n'auraient donc pas profondément changé leur nature, en tous cas pas encore...

L'entretien se termine sur le Web 2.0 et les réseaux sociaux, et le constat que rien ne vaut les liens entre les personnes à la condition toutefois qu'ils s'inscrivent dans une "logique". Sur ce dernier point, je vous invite à prolonger le débat sur le fil RSS proposé par JM sur son site Web : jeanmichel.conseil.free.fr

Dans l'ensemble, je partage assez les idées de monsieur Michel, mais j'ai préféré mettre l'accent sur les points que je considère comme "sensibles" de cet entretien.