Le thème cette année développé à Helsinki lors de la 11 ème conférence des bibliothèques en santé et médecine a été : "vers un nouvel espace informationnel - innovations et rénovations". Cela fut à la fois un moment instructif, enrichissant, agréable, et aussi des moments d'ennuis, de solitude et de déprime dès lors que l'on met en rapport ce qui se fait ailleurs et sa propre situation locale dans un contexte souvent appauvri, celui des centres hospitaliers français, y compris universitaires, de province.

Ce que j'ai retenu, en dehors des nuits claires de Helsinki, c'est la présence souvent de conférences basées sur des expériences locales, des projets d'envergure nationale en information en santé/médecine de pays plus ou moins voisins, plus ou moins lointains, des recadrages souvent nécessaires sur le Web 2.0 et l'engouement pour ces outils, à relativiser. J'ai bien aimé, parmi les premières interventions, celle d'Anne Brice "Work with uncertainity..." "Travailler dans/avec l'incertitude..." j'ai d'ailleurs du mal à traduire, je regrette simplement que des aspects philosophiques liés à la question de la certitude dans le domaine médical n'aient été abordés, sans doute en raison de ma déformation professionnelle. Les conférences de la session sur l'information en santé publique et le fait de pouvoir mesurer l'implication des collègues documentalistes européens dans ce domaine n'étaient pas sans intérêt tant le secteur est négligé en France, malgré une Haute Autorité de Santé Publique "toute puissante" et souvent bien impuissante quant à sa capacité à mobiliser les ressources humaines et les compétences des documentalistes des établissements de santé en France par rapport aux problématiques soulevées lors de cette session. En dehors de cela, j'ai retenu peu de choses des deux premières journées excepté peut-être que mes homologues ne semblent pas eux aussi savoir comment se situer face aux chercheurs, aux médecins... un problème récurrent, des explications qui pourraient être décapantes. La deuxième journée s'est achevée pour moi avec la visite de la bibliothèque nationale ; entrer aujourd'hui dans une bibliothèque me donne toujours la nausée, j'y ai passé probablement trop de temps, beaucoup trop, durant mes études, mais je dois dire que les trois bibliothécaires qui nous l'ont fait visiter ont été remarquables par la clarté et la richesse de leurs explications.

Les deux dernières journées ont été pour moi plus intéressantes avec des interventions centrées sur les espaces virtuels, la façon des les marketer ("marqueter" ?) avec, en particulier, la présentation d'Oliver Obst. Nous avons eu également une conférence de Nicolas Fairon sur la façon dont les utilisateurs formulent leurs questions de recherche, sujet d'autant plus intéressant qu'en France je me demande s'il reste encore beaucoup de documentalistes médicaux qui font des recherches dans Pubmed, surtout dans le secteur hospitalier, où ce genre de tâche est dévolue plutôt aux secrétaires médicales ou sont faites directement par les médecins eux-mêmes. J'ai assisté aussi à une présentation impressionnante et quelque peu écrasante de FeedNavigator (devrais-je plutôt dire FeedAlligator ?), mais les frenchies du CISMeF n'ont pas à rougir, en tout cas beaucoup moins que l'équipe de France de football lors du dernier Euro... Il y a eu d'autres interventions sur les communautés virtuelles de travail et leur impact sur les services de renseignements (auxquelles je n'ai cependant pas assisté) préférant l'une des sessions liée à l'evidence-based practice avec deux interventions captivantes, l'une sur HealthInsite et l'autre sur Embase.com en comparaison avec Medline. Toutefois, pour cette dernière présentation qui a reçu une récompense, je n'ai pas vraiment compris le sens de celle-ci et elle reste davantage pour moi un brillant exercice de style, ce qui tendrait à prouver que l'on peut aussi être documentaliste médical par le "style", l'aveu répété et tout à fait compréhensible de l'intervenante affirmant avoir pris beaucoup de plaisir à réaliser cette étude comparée tendrait à confirmer cette analyse.

La journée s'est terminée par un dîner de Gala dans un lieu imprononçable (Kalastajatorppa), à la nourriture immangeable et au vacarme insupportable, une retraite au bord de l'eau en compagnie des canards et des oies s'imposait, de même qu'une discussion en fin de soirée sur les folksnomies, que demande le peuple ? et surtout quel moyen habile de le mettre gratuitement à contribution...

La dernière demie-journée était encore sur les nouvelles technologies et le Web 2.0. Health 2.0 et Library 2.0 semblent être la revanche des documentalistes médicaux, voire des documentalistes tout court, sur les informaticiens dont ils ont été pendant longtemps dépendants. Le manque de recul et de mise en perspective par rapport à de tels outils pourrait avoir des conséquences négatives et détourner un certain nombre de documentalistes de questions plus essentielles. Je crains que le paramétrage parfois très sophistiqué et "time consuming" de ces outils finissent par s'apparenter au fameux "ranger des livres sur des étagères", "paramétrer du netvibes ou autres widgets et barre d'outils"... Et pourtant beaucoup de conférences tournaient autour des usages du Web 2.0, à Helsinki comme l'an dernier à Cracovie, et probablement l'année prochaine à Dublin. Heureusement que l'excellente intervention de Giovanna F. Miranda sur le Web 2.0 aura permis de remettre un peu les choses dans une perspective critique, même si cela n'a été fait que sur le bout des lèvres, tant le sujet de l'usage excessif dans nos métiers du Web 2.0 peut sembler tabou. Il a manqué de mon point de vue à ces conférences une réflexion critique sur nos pratiques, plus que sur notre rôle, sur notre véritable sens. Quel est le sens de nos métiers, c'est cela que j'aimerais voir un jour aborder.

Je passe sur l'assemblée générale et la vie de l'association, tout le monde connaît mon côté antidémocratique, préférant toujours Sparte à Athènes ;-)

Je reviendrai prochainement sur les posters, et aussi peut-être sur quelques interventions à l'occasion de la mise en ligne des présentations sur le site de EAHIL.