EAHIL 2008 : ce que j'ai retenu, et ce qui reste encore peu clair pour moi
Par Gilbert le jeudi 3 juillet 2008, à 00:35 - Documentation médicale - Lien permanent
Le thème cette année développé à Helsinki lors de la 11 ème conférence des
bibliothèques en santé et médecine a été : "vers un nouvel espace
informationnel - innovations et rénovations". Cela fut à la fois un moment
instructif, enrichissant, agréable, et aussi des moments d'ennuis, de solitude
et de déprime dès lors que l'on met en rapport ce qui se fait ailleurs et sa
propre situation locale dans un contexte souvent appauvri, celui des centres
hospitaliers français, y compris universitaires, de province.
Ce que j'ai retenu, en dehors des nuits claires de Helsinki, c'est la présence
souvent de conférences basées sur des expériences locales, des projets
d'envergure nationale en information en santé/médecine de pays plus ou moins
voisins, plus ou moins lointains, des recadrages souvent nécessaires sur le Web
2.0 et l'engouement pour ces outils, à relativiser. J'ai bien aimé, parmi les
premières interventions, celle d'Anne Brice "Work with uncertainity..."
"Travailler dans/avec l'incertitude..." j'ai d'ailleurs du mal à traduire, je
regrette simplement que des aspects philosophiques liés à la question de la
certitude dans le domaine médical n'aient été abordés, sans doute en raison de
ma déformation professionnelle. Les conférences de la session sur l'information
en santé publique et le fait de pouvoir mesurer l'implication des collègues
documentalistes européens dans ce domaine n'étaient pas sans intérêt tant le
secteur est négligé en France, malgré une Haute Autorité de Santé Publique
"toute puissante" et souvent bien impuissante quant à sa capacité à mobiliser
les ressources humaines et les compétences des documentalistes des
établissements de santé en France par rapport aux problématiques soulevées lors
de cette session. En dehors de cela, j'ai retenu peu de choses des deux
premières journées excepté peut-être que mes homologues ne semblent pas eux
aussi savoir comment se situer face aux chercheurs, aux médecins... un problème
récurrent, des explications qui pourraient être décapantes. La deuxième journée
s'est achevée pour moi avec la visite de la bibliothèque nationale ;
entrer aujourd'hui dans une bibliothèque me donne toujours la nausée, j'y ai
passé probablement trop de temps, beaucoup trop, durant mes études, mais je
dois dire que les trois bibliothécaires qui nous l'ont fait visiter ont été
remarquables par la clarté et la richesse de leurs explications.
Les deux dernières journées ont été pour moi plus intéressantes avec des
interventions centrées sur les espaces virtuels, la façon des les marketer
("marqueter" ?) avec, en particulier, la présentation d'Oliver Obst. Nous avons
eu également une conférence de Nicolas Fairon sur la façon dont les
utilisateurs formulent leurs questions de recherche, sujet d'autant plus
intéressant qu'en France je me demande s'il reste encore beaucoup de
documentalistes médicaux qui font des recherches dans Pubmed, surtout dans le
secteur hospitalier, où ce genre de tâche est dévolue plutôt aux secrétaires
médicales ou sont faites directement par les médecins eux-mêmes. J'ai assisté
aussi à une présentation impressionnante et quelque peu écrasante de
FeedNavigator (devrais-je plutôt dire FeedAlligator ?), mais les frenchies du
CISMeF n'ont pas à rougir, en tout cas beaucoup moins que l'équipe de France de
football lors du dernier Euro... Il y a eu d'autres interventions sur les
communautés virtuelles de travail et leur impact sur les services de
renseignements (auxquelles je n'ai cependant pas assisté) préférant l'une des
sessions liée à l'evidence-based practice avec deux interventions captivantes,
l'une sur HealthInsite et l'autre sur Embase.com en comparaison avec Medline.
Toutefois, pour cette dernière présentation qui a reçu une récompense, je n'ai
pas vraiment compris le sens de celle-ci et elle reste davantage pour moi un
brillant exercice de style, ce qui tendrait à prouver que l'on peut aussi être
documentaliste médical par le "style", l'aveu répété et tout à fait
compréhensible de l'intervenante affirmant avoir pris beaucoup de plaisir à
réaliser cette étude comparée tendrait à confirmer cette analyse.
La journée s'est terminée par un dîner de Gala dans un lieu imprononçable
(Kalastajatorppa), à la nourriture immangeable et au vacarme insupportable, une
retraite au bord de l'eau en compagnie des canards et des oies s'imposait, de
même qu'une discussion en fin de soirée sur les folksnomies, que demande le
peuple ? et surtout quel moyen habile de le mettre gratuitement à
contribution...
La dernière demie-journée était encore sur les nouvelles technologies et le Web
2.0. Health 2.0 et Library 2.0 semblent être la revanche des documentalistes
médicaux, voire des documentalistes tout court, sur les informaticiens dont ils
ont été pendant longtemps dépendants. Le manque de recul et de mise en
perspective par rapport à de tels outils pourrait avoir des conséquences
négatives et détourner un certain nombre de documentalistes de questions plus
essentielles. Je crains que le paramétrage parfois très sophistiqué et "time
consuming" de ces outils finissent par s'apparenter au fameux "ranger des
livres sur des étagères", "paramétrer du netvibes ou autres widgets et barre
d'outils"... Et pourtant beaucoup de conférences tournaient autour des usages
du Web 2.0, à Helsinki comme l'an dernier à Cracovie, et probablement l'année
prochaine à Dublin. Heureusement que l'excellente intervention de Giovanna F.
Miranda sur le Web 2.0 aura permis de remettre un peu les choses dans une
perspective critique, même si cela n'a été fait que sur le bout des lèvres,
tant le sujet de l'usage excessif dans nos métiers du Web 2.0 peut sembler
tabou. Il a manqué de mon point de vue à ces conférences une réflexion critique
sur nos pratiques, plus que sur notre rôle, sur notre véritable sens. Quel est
le sens de nos métiers, c'est cela que j'aimerais voir un jour aborder.
Je passe sur l'assemblée générale et la vie de l'association, tout le monde
connaît mon côté antidémocratique, préférant toujours Sparte à Athènes
;-)
Je reviendrai prochainement sur les posters, et aussi peut-être sur quelques
interventions à l'occasion de la mise en ligne des présentations sur le site de
EAHIL.
Commentaires
Quelle mauvaise humeur ce babouin !
Ravi de t'avoir rencontré en tous cas.
Moi aussi j'ai été très heureux de te rencontrer Gaétan. Je peux t'assurer que l'humeur a ses raisons... Tu es loin de tout connaitre de la situation locale, mais aussi du vécu personnel. Cela dit, il n'y a rien de bien méchant, et comme le disait Platon "nul n'est méchant volontairement". Et si le terme méchant provient bien de mé-chéant, de celui qui a mal chu, alors il est clair que nul ne "tombe" mal volontairement...
Bonjour Gilbert,
Après deux relectures de ton billet, tout se passe comme si la vérité ne se cachait pas derrière les apparences, car il existe d'autres apparences derrière les apparences.
Mon institution de rattachement est le CNRS, institution qui m'a recruté à une époque ou l'Internet et PubMed n'existaient pas.
Une institution dotée d'une capacité de rebondissement incroyable, et ce dans le but de ne donner aucune initiative, autonomie aux documentalistes CNRS, alors qu'il y a dix ans, c'était la profession par excellence par rapport à l'émergence des accès aux revues en ligne, et des bases de données bio-médicales.
Ainsi en ont décidé les pharaons de la "civilisation CNRS", pharaons siégeant en haut de la pyramide.
J'ai souvenir que l'ancienne Egypte, la Babylonie, la Mésopotamie, et l'empire romain sont des civilisations qui se sont éteintes ;)
Effectivement, "es gibt aller schein im schein", petite subtilité cependant entre "dans" et "derrière" les apparences. Pour ce qui est de l'Egypte, n'oublions pas que le babouin est également l'une des représentations du dieu Thot, dieu des scribes entre autres. Décidément ce blogue devient de plus en plus décalé, quoique...