Sigapsons gaiement !
Par Gilbert le mercredi 16 juillet 2008, à 18:31 - Documentation médicale - Lien permanent
Fallait-il donc créer le verbe "sigapser" pour évoquer le très récent
rapport dénonçant la "faillite" de la recherche dans bon nombre de CHU français
?
Un article daté du 15 juillet 2008 du journal Les Echos mentionne l'existence
d'un rapport encore inédit révélant des "inégalités criantes entre les 32
centres hospitalo-universitaires français". L'article en texte intégral est
accessible à cette adresse :
http://www.lesechos.fr/info/metiers/4751673-ces-chu-qui-ont-abandonne-la-recherche.htm
N'ayant pas encore connaissance du rapport, je ne peux me baser que sur le
contenu de l'article. L'étude porterait sur 40 000 publications des années 2000
à 2006 dans 2 000 journaux internationaux. Quels outils, quelle méthodologie
ont été utilisés pour cette étude, difficile de le savoir, et ce n'est pas
l'encart intitulé pompeusement "Méthodologie" qui nous le dit. La notion de
"groupes" (A, B, C, D) rappelle les premiers groupes SIGAPS, mais cette fois-ci
non pas appliqués aux revues, mais aux CHU. Tout ceci est bien entendu lié.
SIGAPS, pour mémoire, Système d’Interrogation, de Gestion et d’Analyse des
Publications Scientifiques, "a pour objectif d’aider au recensement et à
l’analyse des publications scientifiques référencées Medline, pour un
établissement ayant des activités de recherche médicale" donc par définition
les CHU. Je ne sais pas si SIGAPS a été utilisé dans le cadre de cette étude,
si ça n'a pas été le cas, il serait intéressant de comparer les deux modes
d'approche sur ces questions d'évaluation bibliométrique de la recherche. Mais
qui s'occupe véritablement de ces questions ; des statisticiens, des
informaticiens, des personnels des directions de la recherche clinique, des
bibliothécaires médicaux ? Penser un peu plus souvent à solliciter ces
derniers ne serait peut-être pas une mauvaise idée, surtout si l'on se reporte
à la conférence du dernier congrès EAHIL, que j'avais jugé, dans l'un de mes
précédents messages comme un brillant exercice de style, mais qui a aussi le
mérite de mettre l'accent sur la façon, parfois peu précise, dont des bases
comme PubMed/Medline gèrent les adresses des établissements, les noms des
chercheurs et, par conséquent, l'affiliation, le rattachement des auteurs d'une
publication à une institution. Toutefois, je le concède, cela ne joue qu'à la
marge, mais il y a bien d'autres sujets de réflexion que l'on pourrait avoir
sur ces questions de bibliométrie. Il est amusant de noter également que "ces
CHU qui ont abandonné la recherche" sont aussi, et je ne fais aucune
distinction dans le classement, ceux qui ont abandonné, c'est-à-dire à mon avis
tous à divers degrés, la fonction "support" à la recherche que devrait pouvoir
assurer tout bibliothécaire médical ou documentaliste hospitalier dans un CHU.
Ceci devrait avoir d'autant plus d'écho si l'on devait comparer la situation
française à celle des CHU des autres pays, il suffit pour cela de se reporter
aux conférences des dernières années de l'European Association for Health
Information and Libraries et on aura quelques éléments de réponse. Dans le même
ordre d'idées, l'encart intitulé "la constance et l'efficacité britanniques"
est éloquent, comme le passage qui suit, où, en matière de recherche, je
cite :
"la moyenne nationale est plombée par des CHU « à la dérive »
négligeant la recherche médicale plus par défaut d'ambition que par manque de
moyens. « En France, le rapport entre les meilleurs et les moins bons est
proche de un à cent. Dans aucun autre pays on rencontre de tels écarts »,
remarque Philippe Even. En Angleterre, les champions locaux sont bien
évidemment implantés dans les grandes institutions historiques proches de
Londres (...) ces institutions ne sont que deux à trois fois plus performantes
que les facultés moins huppées de Newcastle, Glasgow ou Dundee, qui sont donc
loin de démériter. La même cohérence se retrouve en Allemagne et aux
Etats-Unis, où les petites facultés de médecine ne sont pas écrasées par les
grandes."
En résumé, n'oublions pas les fonctions "support" et la documentation en fait
partie, et il n'est pas dit que cela ne joue pas un rôle au niveau des écarts
(à étudier). Terminons quand même par une note positive, il est reconnu de tous
que nous avons en France le meilleur système de santé du monde, les meilleurs
chercheurs, les meilleurs médecins, etc. ;-) mais pour combien de temps
encore ? Car, au final, l'article ne manque pas de signaler des "retards
thérapeutiques" inéluctables, l'abandon de la recherche ayant nécessairement un
impact sur les soins :
"L'impact de cette faillite collective est gigantesque. Elle se traduit par une
incontestable perte de chance pour les malades soignés par des praticiens
ignorant les dernières techniques ou les molécules de nouvelle
génération."
Avis semble-t-il partagé par le médecin Philippe Even lorsqu'il affirme que "la
prise en charge des maladies graves, rares ou émergentes, et surtout les
multipathologies si fréquentes aujourd'hui à cause du vieillissement de la
population, ne sont optimales que là où la recherche est étroitement associée
aux soins."
Pour ce qui me concerne, je partage entièrement l'avis de Philippe Even
lorsqu'il dit, par rapport à cet abandon de la recherche et au manque de
publications : "L'argent n'est pas essentiel. C'est l'état d'esprit des
médecins et des administrations hospitalières qui est en cause". Dis-moi quel
centre de documentation hospitalier tu as, je te dirai... pourrait-on ajouter,
et pourtant, si l'on regarde le classement des CHU français, ce n'est pas tout
à fait ça, y aurait-il un bug ? Bien évidemment, lorsque l'on pourra lire
le rapport, on trouvera d'autres explications à ce classement. Le rapport note
également la "façon scandaleuse" dont sont recrutés les universitaires et
évoque le "simulacre" de validation du Conseil national des universités (CNU),
déjà épinglé dans un article du journal Le Monde il y a quelques mois où l'on
apprenait, si je me souviens bien, le recrutement d'un maitre de conférences
pour une section langue dont le candidat reçu ne connaissait même pas la langue
qu'il devait enseigner, probablement ce candidat avait-il dû donner sa langue
au chat... Philippe Even souligne par ailleurs "la médiocre qualité de la
formation scientifique", on pourrait même dire "intellectuelle" des médecins.
Des sujets sur lesquels j'aurai certainement l'occasion de revenir.
Commentaires
On peut lire un texte d'accompagnement de M. Even à cette adresse :
http://www.lesechos.fr/medias/2008/0715//300279833.pdf
Le texte de Mr even est amusant et par bien des aspects vrais mais je pense que l'outrance de son propos va limiter la portée de ses constats. L'étude suffit largement à elle même pour tirer la sonnette d'alarme. Pas la peine d'en rajouter.
J'ai proposé une petite analyse de ce texte ici: http://kystes.blog.lemonde.fr/2008/...
Quoi un site sur les babouins ça existe ?!
Trop ptdrrr
Mais il est pas terrible x]